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Histoire
 
RESISTANCE ET LIBERATION DE LA CORSE
 
 


11 novembre 1942, l’humiliation.
11 novembre 1942. Trois jours après le débarquement des alliés en Afrique du nord, les Bastiais voient poindre au large des bateaux de guerre. Ils exultent, pensant qu’il s’agit des mêmes libérateurs alliés. Mais ils doivent vite déchanter : ce sont les navires de Mussolini qui arrivent. Ils vont déverser 80.000 occupants, sur une île qui compte environ 215 000 habitants.
11 novembre 1942, « un jour noir pour la Corse » : jamais depuis que la Corse a adhéré à la France des Doits de l’homme et du citoyen, le 30 novembre 1789, jamais son sol n’avait été souillé par l’ennemi. Et à la tristesse de ce constat s’ajoute le sentiment d’humiliation : la Corse a capitulé sans combattre. Au nom du Maréchal Pétain, le préfet demande à la population d’accueillir les « troupes d’opération » (et non d’occupation) avec « calme et dignité ». L’escroquerie au patriotisme apparaît crûment. L’inquiétude des Corses, lancinante depuis que le Duce avait proclamé sa volonté d’annexer la Corse, s’avérait fondée : resteront-ils Français ? Pour la réponse à cette angoissante question dont dépendait leur salut, les Corses l’avaient maintenant bien compris : ils ne pouvaient compter que sur la Résistance ; la leur et celle hors de l’île.

Pour résister, s’unir et s’armer
Même si les bases en avaient été jetées dès début 1941, la Résistance était plus une aspiration qu’une réalité. Elle était comme en suspension dans l’air mais au soir du 11 novembre les choses se précipitent. La Résistance prends corps ; principalement autour du réseau gaulliste R2 conduit par Fred Scamaroni, et du Front national pour la libération de la France d’obédience communiste. Du fait du démantèlement dès mars 1943 du réseau R2 en Corse par l’ennemi, et du fait aussi de sa large implantation, le Front national allait devenir l’épine dorsale de la Résistance, réussissant à rassembler en son sein des familles politiques très diverses. Diversité certes, contradictions parfois, mais unité sur l’essentiel : les motivations des résistants étaient doubles : 1) l’antifascisme, dont les Italiens qui avaient fuit le fascisme et s’étaient réfugiés en Corse étaient les plus ardents propagandistes. 2) Le patriotisme, ravivé par la vue de l’uniforme de l’occupant italien.
En ce début 1943, la Résistance étant maintenant assez bien organisée, il lui fallait des armes pour être opérationnelle. Il lui en arrivera 110 tonnes environ par les missions des sous marins et par les parachutages. Désormais armée, la Résistance s’enhardit. Elle s’enhardit d’autant plus que durant le deuxième semestre 1942, dans le Pacifique et en Afrique, Japonais et Allemands ont été freinés ou battus. Et en février 1943, la défaite des Allemands à Stalingrad sera le tournant de la guerre : la Wehrmacht n’est plus invincible. Au surplus, l’espoir de la victoire grandit avec l’union de la Résistance réalisée depuis la création, en ce mois de mai 1943, du  Conseil National de la Résistance présidé par Jean Moulin, l’envoyé du général de Gaulle.

Résister pour être eux-mêmes des vainqueurs
La Résistance est de plus en plus audacieuse mais aussi de plus en plus réprimée par l’occupant. Fusillés ou morts au combat, la liste des martyrs s’allonge durant cet été 1943. L’abdication du Duce, le 25 juillet, n’arrête pas la répression ; au contraire, au total depuis le début de l’occupation on dénombre une cinquantaine de morts.

 


L’abdication du Duce, le 25 juillet, n’arrête pas la répression ; au contraire, au total depuis le début de l’occupation on dénombre une cinquantaine de morts.
Immanquablement, en Corse comme ailleurs, est posée à la Résistance la question de savoir quel doit être son rôle dans la libération du pays ? La Résistance est une force supplétive des armées (donc politique attentiste) fait savoir Alger. Mais les Résistants corses ne l’entendent pas ainsi : la libération doit être l’œuvre des Corses eux-mêmes. Ils passent donc outre la recommandation de Giraud de « ne pas déclencher d’opération prématurée ».  Après la capitulation de l’Italie, annoncée le 8 septembre au soir, le Front national lance le lendemain l’ordre d’insurrection. Il destitue le préfet de Vichy, s’érige en « Conseil de préfecture » et proclame son attachement à la France libre. « Le 9 septembre 1943 avait lavé la honte du 11 novembre 1942 » se réjouit Arthur Giovoni, dirigeant du Front national.

Le bastion avancé de la délivrance de la nation
Commencent alors les combats libérateurs ; d’abord avec les seuls Résistants, puis avec l’aide des troupes venues d’Alger. Dans la nuit du 12 au 13 septembre, du sous marin Casabianca, encore lui, sortent 109 hommes du « Bataillon de choc », qui ont fait le voyage depuis Alger serrés comme des harengs en caque. Une foule immense les attend. Ils débarquent dans la liesse populaire, au son d’une vibrante Marseillaise, habités par ces sentiments exprimés par le Maréchal de Lattre de Tassigny : « Vous, nos camarades des FFL, si chers à notre affection, qui en haillons et les mains presque nues, avez impitoyablement harcelé l’oppresseur avant de le maîtriser, partout vous étiez là, courageux, audacieux ; vous avez été pour nous d’autres nous-mêmes, des Français en qui tous ont reconnu avec une émotion bouleversante les mêmes idées généreuses, la même ardeur, la même foi qui anime le combat ».
Les combats libérateurs se poursuivront jusqu’au 4 octobre à Bastia. De là embarquaient les soldats de la Wehrmacht qui se repliaient de Sardaigne vers l’Italie continentale, via Bonifacio et Bastia, après avoir traversé la plaine orientale de la Corse en subissant le harcèlement des Résistants, des troupes venues d’Alger et d’une partie de l’armée italienne. On dénombrera quatre-vingt sept morts et disparus de l’armée régulière, une cinquantaine de Résistants tués et près de deux cents cinquante soldats italiens mort avec les Français. Mais les troupes allemandes sortiront affaiblies de leur passage en Corse et ce sera un handicap pour s’opposer au débarquement des Alliés à Salernes en Italie.
La Corse débarrassée de l’occupant servira de porte-avions ( 17 pistes sur la plaine orientale) et de base de départ pour les Alliés. De l’île partiront des troupes vers l’Italie et la Provence. Les Corses eux-mêmes seront mobilisés sur simple avis de presse. Il en partira l’équivalent d’une division. Commentant, quelques jours après les évènements de Corse, sur radio Alger, le général de Gaulle disait  que « la France entière en (avait) tressailli ». Et le Comité National de la Résistance ne pouvait manquer d’exalter l’exemplarité pour la nation de la libération corse qui en ce mois de septembre 1943 en était devenu « le bastion avancé de sa délivrance ». Pierre Mendès France dira qu’il en avait ressenti comme « une émotion religieuse ». C’est dire le retentissement de cette victoire !

 

 

 
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